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Villes intelligentes : concrètement, de quoi parle-t-on ?

Villes intelligentes

Tout le monde parle de villes intelligentes. Toutefois, aucune définition universelle ne semble exister en la matière. Meilleure qualité de vie, services urbains améliorés : concrètement, de quoi on parle ?

Survey-Mag : Quelles technologies peuvent contribuer au succès de la ville intelligente ?

Marie-Luce Picard : Aujourd'hui, de plus en plus de métropoles sautent le pas pour se transformer en villes intelligentes. Elles pourront ainsi proposer de nouveaux services pour améliorer la qualité de vie de leurs habitants et visiteurs, de manière individuelle ou collective afin de gagner en efficacité, en durabilité et en résilience.

Néanmoins pour y parvenir, elles doivent s'appuyer sur un ensemble de technologies. Dans un premier temps, la technologie va servir à recueillir les nombreuses données de la ville (mesures de la qualité de l'air, de la température, des flux, de la consommation énergétique) grâce à des capteurs en temps-réel. C'est ce qu'on appelle l'IoT (Internet des Objets). De plus, les téléphones portables des citoyens jouent également le rôle de collecte de ces Big Data. De façon anonymisée et agrégée, les données techniques des opérateurs télécoms permettent par exemple d'identifier leurs déplacements.

Une fois toutes les données recueillies, les technologies de gestion de données et de mise en oeuvre d'analytics vont permettre d'en extraire toute la valeur : je pense notamment à des analyses simples d'abord, comme des comptages, des agrégations, puis de la modélisation, des analyses de tendance, ou encore des prévisions. Les villes ou collectivités pourront ainsi tirer un enseignement de ces analyses afin de proposer des services à valeur ajoutée à ses citoyens. Ces services sont exposés au travers d'applications ou de portails, souvent liés au mouvement de l'Open Data, sur lesquels les usagers pourront, par exemple, suivre l'état du trafic, recevoir des alertes ou des notifications. La ville de Paris, notamment, possède déjà un portail Open Data et la ville de Nantes a été pionnière de ce domaine.

En quoi ces technologies y participent ? Pouvez-vous donner des exemples de cas clients.

Pour accomplir leur mue, les villes intelligentes doivent pouvoir s'appuyer sur un écosystème analytique complet et robuste. Et l'un des enjeux principaux est de désiloter les données grâce à l'interconnexion et l'interopérabilité de ces technologies, afin de démocratiser l'accès à l'ensemble des données et analyses. Teradata a ainsi développé l'intelligence omniprésente des données (« pervasive data intelligence ») afin d'y parvenir.

Nous accompagnons depuis plusieurs années les villes intelligentes à capitaliser sur leurs données pour en déduire des stratégies à court, moyen et long-terme afin de mettre en place des services pour les citoyens. Nous avons ainsi signé un partenariat avec Cisco en 2018 : Cisco se charge de la collecte et de la sécurisation des données issues des capteurs et Teradata assure la gestion de l'ensemble de ces données, leur enrichissement et valorisation à travers d'analytique avancée grâce à notre plateforme cloud as-a-service Vantage.

Concrètement, l'analyse de l'ensemble des données (les données issues de capteurs, des mesures temporelles, des images et vidéo couplées à des données plus « statiques » comme des plans de la ville, des données socio-démographiques, issues du recensement etc.) va permettre leur partage pour in fine apporter de la valeur à la cité. Si l'on reprend l'exemple de l'état du trafic, il ne faut pas uniquement regarder le trafic des bus, mais bien le mettre en perspective avec le flux de la population, la consommation énergétique, le trafic global dans la ville, et la volonté de la réduction de carbone (qualité de l'air).

Nous avons également collaboré avec Siemens dans le quartier d'Aspern, à Vienne, un des premiers écoquartiers au monde, à avoir été créé dans une optique « smart » en 2014. L'objectif affi- ché était la réduction du CO2 au travers de la gestion intelligente des bâtiments, de leur consommation et production énergétiques (panneaux photovoltaïques). Nous avons oeuvré pour la ville afin de mieux comprendre ses citoyens, ses résidents et ses visiteurs, à l'aide de techniques de données combinées à l'analyse du parcours client sur l'ensemble de ces données.

Education, santé, planification urbaine, sécurité : quel domaine peut en tirer le plus profit ?

Pour avoir travaillé sur de nombreux projets de villes connectées en Asie et au Moyen-Orient, je dirais que les domaines du transport, de l'eau et de l'énergie sont les principaux domaines à en tirer profit. Toutefois, par capillarité, la ville intelligente permet de mieux répondre à de nombreuses problématiques comme celle de la santé notamment, grâce à l'amélioration de la qualité de l'air mais aussi grâce au gain de temps de réponses aux urgences (le trafic étant plus fluide, les ambulances gagnent en rapidité pour sauver des vies). Dans l'ensemble, la promesse de la ville intelligente est également celle du développement économique et du bien-être avec des échanges facilités.

Concernant les transports, Teradata a mis en place avec l'Ohio State University, un indice d'accessibilité urbaine afin d'améliorer la gestion opérationnelle des services de transport urbain intelligent. Cet indice mesure la facilité ou la difficulté de passer d'une partie d'une ville intelligente à une autre, en fonction de 3 composantes : le temps de déplacement entre les zones, la fiabilité du temps de trajet entre les zones, et le coût des déplacements en proportion du revenu du ménage. L'indice d'accessibilité urbaine tient compte de l'objet du voyage et des modes de déplacement disponibles. Par exemple, l'accessibilité à l'emploi, aux soins de santé, à l'éducation ou au commerce de détail peut être mesurée et faire partie de l'indice d'accessibilité.