Hors-Série IA 2020

Publicité ciblée et protection des données personnelles : Le jeu des GAFAS

Publicité ciblée

« Pourquoi est-ce que je vois cette publicité ? » : voici peut-être la question que se posent le plus les internautes sur Facebook, Snapchat ou Instagram. Alors que le rapport entre publicité en ligne, réseaux sociaux et protection de données devient de plus en plus controversé, on peut s'interroger sur les comportements de ces acteurs. Jonathan Vidor, président et fondateur de JVWEB, agence spécialisée dans l'e-marketing qui collabore régulièrement avec à ce type de plateformes, nous partage son analyse.

Survey-Magazine : En matière de protection des données personnelles, quelle est l’idée reçue que les internautes croient à tort ?

Jonathan Vidor : La plupart des acteurs comme Google et Facebook vous donnent la possibilité via leurs interfaces de gérer vos données personnelles et d’activer ou désactiver la personnalisation des publicités. Mais attention, en faisant le choix de tout refuser jusqu’à vos centres d’intérêt, vous ne vous prémunirez pas de la publicité et vous vous exposerez à des produits non affinitaires.

Comment les « data brokers » collectent-ils les informations personnelles ?

Par le biais de tags disposés sur des sites internet tiers, les “data brokers” sont dans la capacité de collecter vos données. Ainsi par exemple, si vous consultez régulièrement des articles ou des sites dédiés aux montres et que ces derniers contiennent le tag du broker, il va finir par vous identifier comme une personne appréciant les montres.

Est-ce que l'on peut faire confiance à Google, Facebook et les autres plateformes pour apporter plus de transparence ?

Depuis l’entrée en vigueur du RGPD, on ne peut que constater que ces acteurs travaillent toutes à remplir cette mission. Désormais soucieux de protéger les données privées de ses utilisateurs, Facebook a mis en place de nouvelles règles concernant l’utilisation des audiences personnalisées. La société fait ainsi preuve de davantage de transparence quant au ciblage des internautes et restitue à chacun le droit de s’inscrire, ou non, dans ce processus publicitaire. Google s’emploie également à donner les moyens aux utilisateurs de gérer les données personnelles qu’ils souhaitent partager ou non et de comprendre les implications sur leurs utilisations via une plateforme dédiée.

Est-ce que le RGPD est suffisant pour protéger les internautes européens ?

Avec la norme RGPD les interfaces et les sites web européens se montrent davantage vigilants sur le stockage des données, leur anonymisation, leur utilisation, leur effacement pour limiter par exemple les effets du piratage informatique. Malgré tout, la RGPD ne nous protège pas à l’heure actuelle sur les petites astérisques ou mentions contractuelles que nous ne prenons pas toujours le temps de lire.

Quels sont vos conseils pour concilier publicité ciblée et protection des données ?

Ces acteurs se doivent de tenir un registre des données, accessible pour les utilisateurs et sur lequel ils ont des droits de modification, suppression ou portabilité. Dès lors que vous êtes transparents sur l’utilisation que vous ferez de leurs informations personnelles, que vous leur apportez la garantie qu’elles resteront confidentielles, les internautes sont prêts à partager leurs données et à vous laisser leur pousser des offres ciblées. La publicité va continuer à être présente sur internet puisqu’elle finance une grande partie de l’écosystème - à moins que les internautes ne soient prêts à payer pour accéder aux contenus des sites. Avec l’évolution des appareils connectés, de la recherche vocale et de l’Intelligence Artificielle, nous allons tendre vers des publicités toujours plus personnalisées et ciblées. La RGPD devra prêter attention à ces évolutions.