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Les sondages vont-ils encore se tromper ?

Les sondages vont-ils encore se tromper ?

Si l’on en croit le sondage du site marianne2007.info, la réponse ne fait pas doute. 79% des votants sont persuadés qu’une fois encore, les sondages vont se tromper lamentablement.

Une image négative

Ce vote n’a bien entendu aucune valeur scientifique. Mais il confirme l’image très majoritairement négative des sondages dans la population. Accusés de se tromper et de tromper l’opinion, largement utilisés dans un sens ou dans un autre par ceux-là même qui les dénigrent et qui ne peuvent s’en passer, les sondages sont devenus les boucs émissaires des politiques et des médias. Il faut dire que les erreurs ou ce que l’on qualifie comme telles ont été légion depuis quelques années. Comme à chaque veille d’élection, les hommes et femmes politiques mal notés ne se privent pas de rappeler que tous ceux que les sondages donnaient gagnants à 8 mois des élections ont en réalité perdu ou n’ont même pas été candidats. Ainsi, rappelle malicieusement l’un des candidats à l’investiture socialiste, si les sondages avaient été fiables, les présidents de la républiques se seraient appelés Michel Rocard en 1981, Raymond Barre en 1988, Edouard Balladur en 1995 et Lionel Jospin en 2002.

Des attaques contestables

Il est certes de bonne guerre de jeter ainsi le doute sur la fiabilité des sondages. Cette remise en cause repose toutefois sur une bonne couche de mauvaise foi, à moins que ce ne soit de l’ignorance. Car comme beaucoup de sondeurs l’ont répété à maintes reprises, personne ne dispose d’une boule de cristal qui permettrait de connaître, à plusieurs mois d’une élection, le résultat précis des votes. Et aucun professionnel des enquêtes d’opinion ne prétend faire ce type de prédictions. Un sondage pré-électoral est une photo de l’opinion à un instant T. Elle permet d’indiquer la situation au moment de sa réalisation. Or à plusieurs mois du vote, une multitude de facteurs entrent en jeu :

– les principaux partis n’ont pas encore désigné leurs candidats,

– plus de 40% des répondants ne savent pas encore pour qui ils vont voter,

– parmi ceux qui donnent une intention de vote, une majorité indique pouvoir changer d’avis avant l’ultime échéance.

Les sondages pré-électoraux ne doivent donc pas être assimilés à des pronostics réalisés longtemps à l’avance. Ils n’ont d’autre ambition que celle de refléter le rapport de force, au moment de leur réalisation, entre différents candidats désignés, postulants, auto-proclamés ou simplement pressentis. Dans une épreuve de 10.000 mètres, une photo instantanée prise à l’issue des premiers 1.000 mètres ou, pire, dans les vestiaires avant le départ ne peut être assimilée à une photo-finish. On ne peut donc affirmer que les sondages se trompent ou qu’ils se sont trompés en désignant les favoris du moment à quelques mois des échéances. Et il faut rappeler que les mesures effectuées la veille d’une élection ou le jour du vote donnent le plus souvent des résultats tout à fait conformes à la réalité.

Des biais inévitables

Il existe bien entendu des biais statistiques et méthodologiques pouvant fausser les résultats des sondages. Mais le biais le plus difficile à contrôler est la simplification inévitable lors de la communication au grand public des résultats des enquêtes d’opinion. En effet, il est difficile pour un journaliste ou un commentateur de prendre à chaque fois les précautions d’usage et à énoncer des fourchettes avec les marges d’erreurs de rigueur. On préfère plutôt indiquer les valeurs obtenues qui elles sont directement intelligibles et qui, du coup, passent pour la vérité vraie, à la virgule près. De ce fait, un résultat qui se situerait dans la fourchette statistique mais ne corresponderait pas aux valeurs brutes énoncées est naturellement considéré comme une erreur. Le risque d’un tel décalage est d’autant plus grand que les résultats de l’élection présidentielle se situent généralement aux alentours de 50/50. Ainsi, une estimation à 51/49 a beaucoup de risques d’être fausse si l’on considère une marge d’erreur de +/- 2 (soit 49 à 53 pour le 1er candidat et 47 à 51 pour le second, ce qui laisse une certaine probabilité pour un score de 49/51). C’est moins le cas lorsque l’écart entre les candidats est grand (à 80/20, une fourchette de +/-2 ne risque pas de changer le sens de l’élection).

Tous ces biais ont été détaillés dans un précédent article de Survey-Magazine intitulé “Les sondages politiques en question”.

L’influence sur les votes

Au fond, le reproche que l’on peut faire aux sondages n’est pas vraiment de se tromper. Ce serait plutôt d’intervenir dans la vie politique pour influencer directement ou indirectement l’opinion des électeurs et le déroulement du scrutin. Cette influence se manifeste à plusieurs niveaux :

– La popularité plusieurs mois avant l’élection et les estimations des intentions de votes pour chaque candidat pèsent immanquablement sur la désignation par chaque parti de son représentant à l’élection. Par définition, cette désignation intervient avant la vraie campagne et repose donc beaucoup plus sur l’image de chaque candidat que sur une réelle connaissance de son programme et de ses spécificités. Elle pousse les forces en présence dans chaque parti (fédérations, militants, parlementaires, politiciens cherchant à se placer…) à préférer le candidat ayant le plus de chances de l’emporter d’après les sondages. Certains candidats de valeur et peut-être capables à terme de meilleures performances dans l’élection ultime peuvent donc se voir préférer le candidat le plus populaire, plusieurs mois avant l’élection.

– Même s’ils disent s’en méfier et qu’ils en contestent régulièrement la fiabilité, candidats et gouvernants tiennent largement compte des sondages et cherchent à s’y adapter, pour coller à l’opinion. Cela peut se traduire par un recul de la réflexion politique et par des dérives clientélistes et démagogiques. Pierre Weill, ancien président du groupe Sofres dénonce cette situation dans une tribune récente publiée dans le journal Libération et intitulée “Sondage n’est pas adage”. Pour lui, il est des domaines tels que la justice, les relations internationales ou l’immigration où “il y a presque toujours contradiction entre les passions à court terme et les solutions concertées propres à entraîner des changements durables”. Il donne l’exemple suivant : “Si l’on interroge les Français sur notre justice dans la foulée de l’émotion suscitée par le désastre judiciaire de l’affaire d’Outreau, ils réclameront que l’on renforce résolument les droits de la défense. Si l’on pose les mêmes questions au lendemain d’un crime atroce contre des enfants ou après un attentat terroriste, ils voudront qu’on rétablisse la peine de mort. Faudra-t-il dire, dans la seconde hypothèse, que le bien-fondé de la politique défendue par Jean-Marie Le Pen est ainsi démontré ?”

– Les sondages peuvent être utilisés de manière insidieuse pour orienter l’opinion. Sans entrer dans la paranoïa exacerbée des “contestataires de tout” qui voient partout de la collusion et des complots contre les citoyens et la démocratie, il est clair que certains sondages sont commandités et publiés à dessein, pour servir ou nuire à des intérêts partisans. Posées “habilement”, certaines questions apportent les réponses attendues et peuvent créer dans l’opinion un climat de peur ou, au contraire, d’intérêt pour un candidat. Dans ce cas, le sondage est utilisé comme une arme politique.

– Les scores prévus par les sondages peuvent fausser le scrutin et amener les électeurs à effectuer des votes stratégiques ou de protestation. Ainsi, lors des dernières élections ou les sondages donnaient pour acquis que un second tour entre Jacques Chirac et Lionel Jospin, les électeurs de gauche n’ont pas hésité à éparpiller leurs voix sur différents petits candidats. On connaît la suite. On sait à présent (toujours grâce aux sondages !) que si les Français avaient vraiment été avertis du risque de voir arriver Le Pen au second tour, ils auraient placé Jospin devant Jacques Chirac au premier tour. Il ne manquait à Jospin que 250.000 voix, soit environ 2 voix par bureau de vote, pour passer le premier tour et peut-être pour gagner l’élection.

Avec un tel tableau, on peut craindre que les sondages ne dénaturent le vote démocratique. Mais on peut aussi considérer qu’il est sain que les citoyens soient bien informés sur les rapports de force pour pouvoir ensuite faire jouer leur libre-arbitre en connaissance de cause.

Dans tous les cas, le sondage n’est pas un oracle mais plutôt une source d’information utile. Il faut le prendre comme tel et ne pas lui attribuer des vertus qu’il n’a pas. On limite ainsi les risques d’être encore une fois déçu.

Etonnant : l’écho du web colle aux sondages

L’importance du web et la masse d’informations qui y circule ont donné à des chercheurs l’idée de s’intéresser à l’empreinte laissée par chaque candidat sur le web. Ainsi, Laurent Florès, directeur de crmmetrix a calculé sur son blog “Customer Listening Blog” (http://customerlistening.typepad.com) ce qu’il appelle ”l’echo” que renvoie le Web sur la présence des candidats potentiels à la prochaine présidentielle.

Il a donc compté à l’aide d’outils de recherches de type spiders ou crawlers le nombre de fois où le prénom + nom du candidat apparaît sur les sites en français du web, associé au contexte “présidentielle 2007” (ou président de la république en 2007, ou élection 2007, etc.). Il a ensuite calculé le % de mentions de chaque candidat par rapport à l’ensemble des candidats mesurés.
Fort de ces chiffres, il a cherché à déterminer la corrélation entre l’écho du Web et les intentions de vote du 1er tour telles que mesurées par deux instituts de sondage réputés. Et Ô surprise, les deux résultats se sont révélés fortement corrélés. L’expérience a été menée une première fois en Juin puis répétée en Septembre, avec la même conclusion !

Est-ce à dire qu’on pourra se passer dans un avenir plus ou moins proche des sondages et se contenter de mesurer l’écho du web ?

La méthode s’applique déjà avec succès à d’autres catégories : le cinéma par exemple, mais aussi des produits comme l’automobile, l’alimentaire et les boissons. Ce sont d’ailleurs, les expériences validées et concluantes dans ces différents secteurs qui ont amené Mr Florès à mener un projet de R&D dans le secteur politique.