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Big Data : Le meilleur des mondes n’est pas impensable

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Terrorisme et lois ineptes : La Data-fabrique à fantasme

Internet est devenu le « Point Godwin » des gouvernances lors de tout acte terroriste ! Si la loi de Godwin indique que «plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1» alors de façon quasi analogue, dès qu’un acte terrorisme est abordé par un(e) politique, la probabilité qu’il parle d’internet selon la « loi de YC » (soyons immodeste) ne fait pas dans la probabilité mais dans la quasi-certitude. Le « Point Godwin » est une réalité que chacun et chacune d’entre nous peut constater. Sitôt un nouveau drame impliquant le terrorisme, le coupable est fidèle au rendez-vous, prêt pour le bûcher de nouvelles lois…

Dans une urgente urgence, les propositions politiques, plus saugrenues les unes que les autres fusent d’abord de toute part, avant qu’in fine, ne s’abatte sur cet invariable responsable de tous les maux de la terre, de nouvelles lois contraignantes qui – depuis un onze septembre de sinistre mémoire – s’empilent désormais ici et là. Des lois de communication, des lois pour rassurer, des lois qui (du moins pour partie et pour ce qui concerne internet), loin de protéger les populations et les démocraties, les exposent… et ce à plusieurs titres :

1. Liberté : les députés Français qui ont adopté le 5 mai 2015 la loi sur le renseignement à une majorité écrasante (438 Voix pour / 86 contre) semblent avoir oublié (entre autres) lors de ce vote que le droit à la vie privée numérique a été reconnu par la CEDH au travers entre autres du droit a l’oubli.

2. 9/11 l’origine de « L’effet Snowden » : les attentats du onze septembre de sinistre mémoire précipiteront le Patriot Act (devenu récemment le Freedom Act indéniablement plus sémantiquement agréable à l’oreille…) les révélations d’Edward Snowden qui suivront, relatives aux pratiques de la NSA et aux intrusions disproportionnées des services de renseignement d’états prétendument démocratiques dans la vie de leurs citoyens constitueront des 2001 le début d’une prise de conscience mondiale de la notion de surveillance de masse. « L’effet Snowden(1) » était engagé ! Contourner la censure, s’exprimer sans danger, protéger sa vie privée qui semblait hier encore une préoccupation « réservée » aux citoyens des états totalitaires n’était plus.

3. Création de fantasme et de Faux Positifs : quinze ans après le 9/11, sans tenir compte des enseignements du Patriot Act, sans se soucier des retours d’expérience et notamment de la perte financière à prévoir consécutivement aux opérations d’espionnage effectuées par la NSA et aux révélations cadencées de l’affaire Snowden. Une perte qui a été estimée en 2013 à trente-cinq milliards de dollars d’ici 2016 par l’ l’ITIF pour Information Technology and Innovation Foundation (think tank non partisan américain dont la mission est de formuler et de promouvoir des politiques publiques pour faire progresser la productivité et l’innovation technologique à l’échelle internationale). Ce sont désormais les gouvernances européennes qui accélèrent ce phénomène.

Aux mêmes causes effroyables, nous assistons aujourd’hui aux mêmes actions-réactions législatives en Europe, à l’instar de la loi sur le renseignement pour ce qui concerne la France, de Snoopers’charters pour l’Angleterre : un aveu non avoué de volonté de surveillance de masse(2) par les gouvernances. Une approche inique qui a eu pour conséquence de donner un nouveau coup d’accélérateur à la défiance croissante des utilisateurs et utilisatrices européen(ne)s.

Notons que par-delà les législations de surveillance ciblent le Net pour des raisons récurrentes de lutte contre le terrorisme. Rappelons qu’en France, l’altération des données et les apports francophones à « L’effet Snowden » ont été initiés par la création de la Hadopi (Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet…) ciblant pour grande partie une population et une génération plus agile que le législateur à se dissimuler… Pour ne pas se faire « hadopiser ».

Aujourd’hui, les conséquences ne sont plus à considérer à la marge : aujourd’hui ce sont un demi-milliard d’internautes qui ont disparu des écrans radars des états (et des marketeurs) avec l’aide d’outils adéquats… Pour la partie « Digital marketing » et éconumérique selon un rapport annuel de la société irlandaise PageFair, intitulé « The cost of ad blocking » réalisé en partenariat avec Adobe, déjà cent quatre-vingt-dix-huit millions utilisaient des logiciels anti-pubs (adblockers) pour se soustraire à la publicité.

Quels qu’en soient les motifs, voir des usagers de pays s’affirmant démocratiques adopter des méthodes et des réflexes de dissimulation coutumière dans les dictatures et autres états totalitaires ne devrait-il pas collectivement nous interroger ? Citoyens, citoyennes, entrepreneurs, entrepreneuses, législateurs, législatrices… Honnêtes hommes : we have a problem !

4. Dégâts collatéraux sur l’éconumérique : entre la liberté et l’économie, peut-on hiérarchiser ? Ne sont-elles pas indissociables ? C’est là un vaste débat. Toutefois les gouvernances et les politiques qui persisteront dans la stratégie simpliste du « Point YC » en créant une suspicion exagérément infondée sur le pétrole de demain et son exploitation éthique et positive : le Big Data, portent et porteront gravement atteinte à leurs économies numériques respectives. Ils décourageront les digitaux enthousiastes, nuiront aux emplois de demain, disqualifieront entre autres les Data Scientist(3).

Paradoxalement, si de nombreux états sont en pleine dérive de surveillance de masse, et d’effets d’annonces(4) notons que les fameuses (fumeuses) « boites noires » annoncées en juillet 2015, sont comme le souligne Damien Leloup et Jacques Follorou encore bien loin d’être mises en place.

Pire encore, et quand bien même cela peut apparaître comme d’une profonde injustice, ceux sont les entreprises du secteur qui, dans leur pratique du digital actuel matérialisent (par la contextualisation par exemple) le potentiel de surveillance des utilisateurs. Des pratiques supposées améliorer l’expérience client.

Pour résumer la situation, c’est un peu comme si les états se muaient en générateurs à fantasmes sur le Big Data entretenant chez le citoyen l’idée d’une exploitation potentiellement dévoyée, déloyale, dangereuse. Ce fantasme prenant corps dans les pratiques actuelles en matière de digital marketing… Il est pour le moins sidérant et incompréhensible de voir des états vanter à vau-l’eau le levier de croissance extraordinaire du numérique de demain et du Big Data et attendre des performances exceptionnelles. Puis en mesurer le potentiel d’emplois tout en rendant concomitamment ses talentueux acteurs suspects et en leur complexifiant avec obstination la tâche.

La question est alors simple : les états qui s’affichent démocratiques et soucieux de libertés individuelles qui deviennent « Grey Hat » sont-ils simplement ignorants ? Cyniques ? Ou Skyzophrènes ?

Il faut sauver le soldat Big Data !

Howto :

Si les gouvernances font de la communication de crise et si duper la population, abuser l’ignorance ne leur pose pas de problème de conscience… Qu’y puis-je ? Si cela leur semble plus important que de la protéger efficacement ! Par contre les entreprises, les sociétés civiles des pays démocratiques ont un challenge immense à relever. Il va leur falloir sauver d’urgence le soldat Big Data, le pétrole de demain… C’est désormais aux entreprises et aux usagers de reprendre la main dans le respect de lois (parfois) stupides (et à revoir jusqu’a ce qu’elles redeviennent raisonnables et efficientes) comment ? J’y vois, pour se faire plusieurs façons :

1. Lutter contre le Data-fantasme

Montrer l’usage pertinent et le bénéfice utilisateurs de la maitrise et du bon usage du Big Data. A l’exemple d’Orange et de son expérience Sauvons les LiveBox. « La plateforme Big Data mise en place chez Orange permet de croiser les données internes et externes issues de Météorage en quasi-temps réel. 30 000 LiveBox ont pu être sauvées grâce aux actions préventives, plus de 10 000 échangées en mode proactif(5). »

2. Être transparent, pédagogique, respecter les utilisateurs

Respecter les utilisateurs, retrouver leur confiance, incombe désormais aux entreprises. Cela va leur demander de redoubler d’effort dans l’écoute et le respect des attentes et demandes des usagers. Si le “Do not track” de l’Electronic Frontier Foundation fait partie des pistes que les structures gagneraient à ne pas négliger, il en est d’autres. L’usager n’est pas non plus exempt de responsabilités. Il ne peut plus en 2016 se positionner comme une simple victime d’abus des données qu’il communique. Aux côtés des entreprises, l’usager se doit de devenir co-responsable.

3. Veiller aux dérives potentielles d’usages

L’entreprise FitBit n’est pour rien dans l’usage « détourné » de l’ORU (Oral Roberts University en Oklaoma) qui a décidé d’imposer un bracelet (pour leur bien) à ses élèves de premières années. Un bracelet qui lie leur activité physique à une partie de leur notation… Mais il faut alors par la pédagogie, expliquer et démontrer que le mieux peut rapidement devenir l’ennemi du bien. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrivait notre vieil ami Rabelais et n’est-ce pas ouvrir la boite technologique de Pandore(6) que d’avoir ce genre d’approche ?

4. Être écologique et Data Friendly

Tout le monde veut sauver la planète. C’est très louable. Alors en dernier conseil de ce « howto » il importe d’observer les pratiques et les arguments en forme d’avantages concurrentiels imparables qu’avancent déjà certains pays tels que la Norvège, qui se positionnent d’ores et déjà comme les rois du pétrole de demain : des pays « Data Friendly » respectueux de la confidentialité des données et des data center attentifs à l’écologie à l’image de Greenmountain en Norvège.

5. Utiliser le potentiel créatif du Big Data

Si les entreprises retrouvent la confiance des usagers par des pratiques indiscutables dans le respect de lois (qui ne sont pas toutes respectables d’ailleurs), alors le Big Data sera demain, bien au-delà d’objectifs prédéfinis et assignés, un gisement de créativité, une source d’inspirations pour les entreprises. La confiance retrouvée : ce qui échappait hier deviendra parfois évidence. Une entreprise responsable, des utilisateurs informés et co-responsables des données qu’ils confient… N’est-ce pas une piste à explorer ?

BIG DATA et BIG OPTIMISME !

Pour ce qui concerne le Big Data, par-delà des décisions législatives qui m’apparaissent d’une ère prénumérique révolue, j’espère au travers de ces quelques réflexions vous avoir fait entrevoir que le meilleur des mondes peut très bien cohabiter avec le Big Data. Que ce monde n’est impensable et que ce qui n’est pas impensable n’est donc pas impossible ! Aux âmes les entreprises, aux âmes les startupper(euse), aux âmes les utilisateurs.

(1) J‘entends par « Snowden Effect » un phénomène encore à ce jour difficilement quantifiable, mais qui a engagé un biais de plus en plus conséquent des données des utilisateurs parfaitement inexploitables et évidées de sens (Yannick Chatelain, Big data ou BIG CATA – L’effet Snowden, Bluffy, Editions Kawa, 2016, 180 p.)
(2) Ndla : La surveillance de masse technologique nonobstant une efficacité douteuse. Récolter des données en masse et mettre en place les outils adaptés a l’objectif défini sont extrêmement complexes. Récolter des données en masse ne signifie par ailleurs nullement être en mesure de pouvoir leur donner du sens. Au mieux toutes lois autorisant la surveillance des utilisateurs, et qui plus est en France en excluant le juge judiciaire du process, est un recul de l’état de droit qui tend à complexifier les travaux des renseignements par la multiplication de faux positifs et créé du fantasme.
(3) Survey-Magazine (www.surveymag.eu) “Datajob, la rencontre entre les entreprises et les futurs Data Scientists” mis en ligne en novembre 2015, consulté le 18 février 2016. URL : https://tinyurl.com/hhqr2o4
(4) Damien Leloup et Jacques Follorou “Loi sur le renseignement : les « boîtes noires » loin d’être mises en place”, site Le Monde.fr, mis en ligne le 15 février 2016, consulté le 22 février 2016. URL : https://tinyurl.com/zxjmz53
(5) Alain Clapaud (La Rédaction) “15 projets Big Data qui vont marquer 2015” , “ Sauvons les live box d’Orange France” mis en ligne le 03 juin 2015, consulté le 22 Février 2016. URL : https://tinyurl.com/ho39ufj
(6) Yannick Chatelain “La boîte technologique de Pandore” mis en ligne le 18 février 2016, consulté le 19 février 2016. URL : https://tinyurl.com/hcb7m2e