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Construire
un échantillon
dit « représentatif
» ou encore
un panel ne va pas
de soi et demeure
aujourd'hui un problème
épineux pour
nombre de chercheurs
en marketing et
en sciences sociales.
Contrairement
à ce que
l'on pourrait être
tenté d'imaginer
(considérant
la diffusion généralisée,
voire même
le caractère
omniprésent
de ce procédé
méthodologique
dans le champ des
études),
il n'existe aucune
recette miracle
ou universellement
valide permettant
de réduire
une population mère
de façon
pertinente tout
en lui conservant
ses caractéristiques
sociologiques d'origine,
pas plus qu'il n'existe
de modélisation
prédictive
univoque des comportements
et des attitudes.
Catégories
socio-professionnelles
Il faut rappeler
pour commencer que
la nomenclature
des PCS (professions
et catégories
socio-professionnelles)
qui sert généralement
de squelette à
l'échantillonnage
ne se révèle
pas suffisante,
loin s'en faut,
pour segmenter convenablement
une population.
Les PCS sont un
outil construit
par l'INSEE en vue
de regrouper les
actifs français
dans des catégories
dont les membres
présentent
une certaine homogénéité
sociale, c'est-à-dire
le même genre
de comportements
(par exemple vis-à-vis
des opinions politiques,
des pratiques culturelles,
des modes de vie,
etc
). L'architecture
même des PCS
se fonde par conséquent
sur la prise en
compte d'un ensemble
de critères
socio-professionnels
: le statut des
actifs (salariés/employeurs/indépendants),
la place dans la
hiérarchie
professionnelle,
la qualification,
etc. On remarquera
que le salaire,
pas plus que les
revenus ne sont
des critères
pour le regroupement
des individus au
sein des PCS.
Aussi,
bien que l'appartenance
à telle ou
telle catégorie
confère aux
personnes concernées
des attributs communs,
il faut avoir à
l'esprit :
- qu'à l'intérieur
d'une même
catégorie
les disparités
de salaire ou de
revenus peuvent
être très
importantes (par
exemple un employé
et un ouvrier, bien
qu'appartenant à
deux catégories
distinctes, auront
de plus fortes probabilités
d'être proches
de ce point de vue
là que deux
personnes puisées
dans la même
PCS des Cadres et
professions intellectuelles
supérieures,
catégorie
plus hétérogène
sur le plan des
ressources économiques
).
- que ces catégories
ne sont qu'un mode
de classement, de
segmentation de
la société
à un instant
T et que si les
catégories
elles-mêmes
bougent peu, ce
n'est pas le cas
des individus qui
eux, connaissent
différentes
formes de mobilité
(mobilité
d'un individu au
cours de sa vie
; ou encore mobilité
intergénérationnelle
lorsqu'il s'agit
d'un changement
de condition sociale
sur plusieurs générations).
Pour différentes
raisons (voir article
sur les trajectoires)
il est donc méthodologiquement
contestable de faire
des éléments
de cette nomenclature
les points cardinaux
de toute analyse
; ce, de surcroît,
lorsque l'on sait
à quel point
les liens qui unissent
appartenance à
un milieu et tel
ou tel type de comportements
se sont distendus
ces dernières
années. En
effet, la désagrégation
de la société
salariale et la
montée des
dynamiques de fragmentation
sociale rendent
moins lisibles que
par le passé
tout un ensemble
de déterminismes.
On peut parler d'un
processus d'individuation
des modes de vie
qui complique la
construction des
modèles théoriques
desquels découlent
directement les
techniques d'échantillonnage
ou de catégorisation.
En quelque sorte,
l'homme moderne,
libéré
des tutelles traditionnelles
(religion, institutions,
groupe d'appartenance
)
est celui qui expérimente
la crise des valeurs
de socialisation.
Connaissant un isolement
accru, confronté
à une consommation
certes plus accessible,
mais de fait moins
discriminante, éloigné
des projets de société,
la construction
de son identité
devient en partie
erratique et de
fait, plus difficilement
intelligible et
prévisible.
Les styles de vie
A cet égard,
le recours aux socio-styles
était initialement
pensé comme
un moyen de minimiser
une approche réductrice
centrée sur
les seuls critères
socio-démographiques.
Ce d'autant plus
qu'historiquement,
les socio-styles
(du fait de leur
inspiration psychologique
ou de psychologie
sociale) puisent
dans le paradigme
individualiste.
Schématiquement,
la société
est alors conçue
comme étant
composée
d'atomes individuels
libres procédant
à des choix
rationnels. C'est
l'agrégation
de ces décisions
et de ces conduites
individuelles qui
produit du social.
Sans entrer trop
en profondeur dans
un débat
de nature théorique
et épistémologique,
il faut signaler
que le paradigme
individualiste,
aussi fondé
scientifiquement
soit-il, se révèle
tout à fait
en phase avec les
attendus du marketing,
au point que sous
la pression de la
demande, certaines
confusions naissent
désormais
entre effet d'observation
et effet de réalité.
La nécessité
impérieuse
de distinguer les
marques, de développer
des marchés
et d'identifier
les cibles afférentes
invite sans cesse
à produire
de nouvelles segmentations
et à enrichir
les typologies des
demandes, des opinions
ou des attitudes.
Il semblerait que
nous assistions
à une sorte
de balkanisation
du ciblage dans
laquelle on tend
à surestimer
le facteur choix
au détriment
des déterminismes
sociaux qui existent
en amont. Ces derniers
ne disparaissent
alors des études
que par un effet
de prisme. Il conviendrait
donc là de
ne pas conclure
indûment à
la perte de sens
de la stratification
sociale. Différents
travaux de sociologie
ont très
bien montré
par exemple qu'y
compris les goûts
individuels ne relèvent
pas uniquement d'arbitrages
individuels, mais
découlent
à la fois
de la nature des
capitaux détenus
par les sujets (capital
scolaire, capital
économique,
capital social
)
et du type de trajectoire
(ascension sociale,
déclassement
).
Approche synchronique
et diachronique
Un exemple classique
en sociologie est
celui d'une partie
de cartes et de
l'analyse prédictive
des stratégies
développées
par les joueurs
en présence.
Pour comprendre
ces stratégies
et tenter de les
anticiper, il conviendrait
de disposer de deux
types d'informations
factuelles. En premier
lieu, il faudrait
connaître
le type de jeu dont
dispose chaque joueur
à l'instant
de la partie où
se situe l'observation
(est-ce qu'il a
un bon ou un mauvais
jeu en mains ; de
quels atouts dispose-t-il
exactement ?). Nous
sommes là
sur un axe synchronique
qui vise à
identifier en quelque
sorte l'état
du rapport de force
entre les joueurs
à un instant
T (ce qui équivaudrait
dans les études
à situer
les individus sur
différents
types d'échelles
à partir
des indicateurs
socio-démographiques
: revenus, type
d'emploi, âge,
etc.). Pour autant,
en second lieu,
un observateur se
condamnerait à
une forme de cécité
s'il ignorait dans
le même temps
la dimension diachronique.
En effet, un très
mauvais joueur peut
bénéficier
d'un jeu excellent
et inversement.
Or la stratégie
(les choix rationnels
opérés)
va dépendre
non seulement du
jeu détenu
à un instant
T, mais également
de la trajectoire
du joueur. Celui-ci
joue-t-il depuis
très longtemps
et si oui depuis
combien de temps
? Vient-il seulement
d'apprendre ? Est-il
issu d'une famille
où l'on joue
souvent ou découvre-t-il
les règles
? Est-il plutôt
dans une dynamique
de victoire l'incitant
à prendre
des risques ou de
défaite tendant
à l'inhiber
dans ses choix ?
La construction
des opinions, les
achats et les usages,
sont finalement
eux-mêmes
la résultante
de ces deux axes,
c'est-à-dire
de l'ensemble des
transactions et
des interactions
des membres d'une
famille ou d'un
groupe ainsi que
des capitaux qui
définissent
sociologiquement
un individu à
un moment donné
de son parcours.
Autrement dit, le
principe de l'échantillonnage
devrait systématiquement
respecter le croisement
d'un axe diachronique
et d'un axe synchronique.
Certes, la partie
diachronique est
plus difficile à
mettre en uvre
et plus coûteuse
car elle peut difficilement
résulter
d'une démarche
quantitative. Elle
suppose de mobiliser,
selon les cas, plusieurs
outils qualitatifs
: entretiens, focus
groups, observations.
Trois secteurs particulièrement
concernés
Cette dimension
qualitative (non
réduite aux
seules études
de Tests marketing)
est aujourd'hui
cruciale pour les
investigations dans
plusieurs domaines.
Sans que ce soit
exclusif, la prise
en compte des itinéraires
et des trajectoires
se révèle
déterminante
dans tout ce qui
a trait aux phénomènes
de mobilité,
y compris aux mobilités
internationales,
migratoires, et
plus particulièrement
au fait ethnique.
Du fait de sa tradition
républicaine,
la société
française
ne s'est pas dotée
jusque là
de l'outil statistique
permettant de photographier
cette dimension,
de la mesurer avec
précision
(on distingue seulement
les Français
et les étrangers).
En la matière,
comprendre le rôle
des références
culturelles ou ethniques
(par exemple sur
la consommation)
suppose de tenir
compte des itinéraires
et du mode de structuration
des identités
en fonction d'une
grande diversité
d'éléments
(nature de la migration,
type de parcours
des primo-arrivants,
trajectoires professionnelles
patrilinéaires
et matrilinéaires,
rapport au pays
d'origine, etc.).
Elle nous semble
également
déterminante
pour l'ensemble
des secteurs directement
ou indirectement
concernés
par le retour de
la question sociale
(au premier plan
desquels se trouvent
probablement les
hards discounters).
Dans une période
où les places
sociales ne sont
plus aussi stabilisées
que par le passé
et où l'on
assiste à
des phénomènes
importants de déclassement
(le descenseur social)
il paraît
primordial de saisir
les attitudes et
les comportements
à partir
d'enquêtes
dynamiques où
la notion temporelle
soit prise en compte.
La rationalité
des actions se trouve
en effet là
particulièrement
conditionnée
par l'histoire du
sujet. Il apparaît
même que cette
rationalité
est dans bien des
cas davantage corrélée
à l'expérience,
à l'enchaînement
des éléments
biographiques, qu'aux
seules ressources
économiques.
Dernier domaine
enfin, celui lié
à la réalité
sociologique, économique
et démographique
des enfants des
baby boomers. La
crise de l'emploi
a en effet redistribué
les cartes de façon
défavorable
pour cette génération
(dont les parents
avaient connu les
bienfaits des Trente
Glorieuses) qui
porte aujourd'hui,
essentiellement
sur ses épaules,
le poids d'un marché
de l'emploi dégradé,
synonyme pour elle
d'une intégration
sociale et économique
difficile, y compris
parfois lorsque
des solidarités
familiales conséquentes
sont là.
Les chiffres sont
clairs et indiquent
bien les modifications
actuelles et à
venir en termes
de modes de vie.
Cette génération
qui a joué
le rôle de
variable d'ajustement
structurel dans
une période
de déformation
de la structure
sociale française
risque fort de bouleverser
les mécanismes
de consommation.
Là encore,
seule une perspective
dynamique est apte
à saisir
la façon
dont se forgent
aujourd'hui les
comportements de
demain. |